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Blogue sur le rétablissement en santé mentale

 
 
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  • Prunelle Bergeron

Et si on parlait des usagers survivants

Maudit que je suis tannée que les médias présente toujours la pire facette de la maladie mentale. Tsé, la facette où une personne atteinte de maladie mentale commet l’irréparable.


Elle se tue, tue un passager d’autobus ou pire encore tue ses pauvres enfants. Vous reconnaîtrez probablement l’histoire de cet immigrant chinois atteint de schizophrénie ayant décapité un passager dans un autobus Greyhound, cette enseignante québécoise ayant noyé son fils au Vermont ou encore la fameuse affaire Turcotte.


Ses histoires sordides existent, soit, mais leur couverture médiatique est totalement démesurée, si on tient compte du fait que ces événements sont très rares.


Et comme le dit si bien David Desjardins dans un article du Devoir L’horreur des autres (que je vous invite à lire au complet),


« Il y a un point de rupture dans la couverture des faits divers, que vous ne voyez plus, je crois. Parce que c’est devenu banal, et que les réflexes se sont installés dans les salles de nouvelles et les rédactions pour devenir une habitude. Ce point de rupture, c’est ce moment où l’on quitte la nouvelle pour entrer, plutôt, dans son exploitation, dans son sous-produit, qui ne relève plus autant de l’information que de la vente. C’est alors qu’on envisage la nouvelle en temps ou en espace qu’on doit lui consacrer, peu importe les faits dont on dispose, en songeant plutôt à ce qu’elle rapporte. »


En revanche, les médias restent très silencieux lorsqu’il s’agit de parler de maladie mentale point. Tsé la maladie mentale qui n’est aucunement associée à la violence, à la criminalité ou à je ne sais trop quel acte barbare.


Et pourtant, cette maladie mentale là est présente partout : dans nos familles, nos milieux de travail, à l’école, auprès des gens qu’on aime, partout.


Trop souvent, on laisse sous le tapis ces histoires de gens qui s’en sortent, ces personnes qui apprennent à gérer leur maladie au quotidien, ces autres qui utilisent cette épreuve de la vie pour bâtir quelque chose de meilleur, pour en inspirer d’autres qui vivent les mêmes souffrances.


Et il y en a tellement de ces histoires!


Alors plutôt que d’attendre après les salles de nouvelles, je vais utiliser mon blogue pour contrer cette tendance sensationnaliste et vous présenter de ces « faits divers » qui remontent le moral.


Je vous parlerai donc de trois «usagers survivants» ayant vécu un problème de santé mentale mais qui ont utilisé leur expérience pour bâtir quelque chose de meilleur. Pour des raisons de confidentialité, j’utilise ici des noms fictifs.


Je vous présente d’abord Sophia. Cette dernière a souffert de dépression une bonne partie de sa vie jusqu’à ce qu’elle découvre le théâtre. Bien qu’elle présente toujours une certaine vulnérabilité au niveau de l’humeur, le théâtre lui permet de mettre des mots sur son expérience.


Sophia a également reçu un diagnostic de schizophrénie, ce qui rend plus difficile le fait de ressentir des émotions (sauf la peur et l’anxiété) et met ainsi sa carrière de comédienne en suspend.


Après avoir passé une année à se demander si elle allait continuer ou non le théâtre, elle a finalement commencé à créer de nouveau. Elle a consulté une art-thérapeute, a fait de la peinture, s’est mise à écrire de la poésie et a rejoint une troupe de théâtre.


Plusieurs années plus tard, après s’être entourée d’un réseau social soutenant et en s’aidant de la création, son cerveau et son cœur ont commencé à guérir.


Pendant son rétablissement, elle est devenue pair-aidante (https://www.retablic2019.com/accueil/le-m%C3%A9tier-de-pair-aidant) et a utilisé sa propre expérience de maladie mentale pour animer des groupes de soutien. Elle a fait du bénévolat au sein d’un programme de premier épisode psychotique, et a parlé de son vécu dans plusieurs conférences et événements dans le domaine de la santé mentale.


Elle a aussi présenté sa poésie dans le cadre d’un festival et dans des capsules vidéo sur le web. Ensuite, elle a débuté une maîtrise en thérapie par le théâtre, avec laquelle elle espère aider les personnes ayant un problème de santé mentale à reprendre leur vie en main, et ce par le biais de l’improvisation et d’autres formes d’expression.


Inspirant, non ?


Ce n’est pas tout. Je vous présente maintenant Virginie. Détentrice d’une maîtrise en sciences politiques, Virginie est atteinte d’un trouble psychotique à l’âge de 33 ans. Elle fait face également à des problèmes de toxicomanie.


Au cours de son rétablissement, elle fait des exercices avec ses intervenants pour apprendre à mieux se connaître (qualités, défauts, valeurs) et aussi pour distinguer ce qui est bon pour elle de ce qui ne l’est pas. Elle se montre attentive aux chemins pris par ses pairs pour se rétablir et s’en inspire. Elle retrouve ainsi peu à peu une vie satisfaisante.


À ce jour, Virginie est assistante de recherche dans un institut en santé mentale. Elle est aussi blogueuse sur le thème de la santé mentale et pilote un comité sur le rétablissement. Elle est même en voie de débuter un doctorat.


En voulez-vous d’autres des faits divers?


Pour terminer, je vous présente Anthony. Bachelier en animation et recherche culturelle, Anthony a vécu un problème de santé mentale durant sa jeunesse. Lors de son parcours vers la guérison, il entreprend de fonder une troupe-école théâtrale au service de la santé mentale et du rétablissement.


Ce projet lui permet alors de se réaliser et de donner un sens à toute cette souffrance vécue depuis tant d’années. Avec la troupe, il rejoint des jeunes, des professionnels, des gestionnaires pour démystifier la maladie mentale, briser le mur du silence et créer des ponts entre le « citoyen ordinaire » et le « malade mental » injustement stigmatisé.


Au fil du temps, ce projet lui a permis de se faire des amis et de développer son réseau social, élément essentiel à tout processus de rétablissement. En plus de son implication dans la troupe, il est aussi pair aidant.


Ces histoires génèrent toute qu’une réaction dans ma poitrine.


Pas vous?


Elles me font littéralement aimer la folie.


En voilà des histoires utiles pour la société. C’est ça une nouvelle de qualité. Pas de faire du bruit avec l’horreur des autres parce qu’on a cette sensation de vacuité qui nous guette.








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