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Blogue sur le rétablissement en santé mentale

 
 
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  • Prunelle Bergeron

Le point sur l'auto-stigmatisation

Mis à jour : févr 17

Depuis l’école primaire, j’ai toujours eu cette petite voix intérieure qui s’inquiète, qui se demande ce que les autres pensent de moi : « Est-ce que maman et papa trouvent que mon dessin est beau? Est-ce que mes professeures m’aiment? Est-ce que mes notes sont assez bonnes? » Même si mon dessin était vanté, que j’étais le chouchou de mes professeures et que mes notes étaient excellentes, je ne me sentais pas rassurée.


J’avais le sentiment que je devais en faire plus. Ma valeur était alors complètement déterminée par les autres. Plus tard, je suis devenue une étudiante et une professionnelle brillante, qui avait plusieurs amis et une belle relation de couple. Je projetais une image de réussite et j’en étais très fière.


Puis, tout était trop beau, la maladie est arrivée comme un grand coup de tonnerre dans un ciel bleu sans nuage. Mon monde s’est écroulé d’un coup.


Ma petite voix intérieure est alors devenue envahissante. Elle s’inquiétait démesurément du regard des autres : « Est-ce que les autres se rendent compte que j’ai un problème de santé mentale? » Encore aujourd’hui, même après huit ans de maladie, je suis encore prise en otage par ce discours intérieur.


Ce pouvoir que je donne au regard des autres m’amène à m’auto-stigmatiser. C’est-à-dire que j’anticipe d’abord les expériences de stigmatisation (ex. on me fait sentir inférieure, dénigrée publiquement, indifférence), puis j’accepte la mise à distance. Je me perçois ensuite négativement, mon estime personnelle diminue, j’ai honte et je finis par faire de l’anxiété sociale. Dans ces conditions, je tends à m’isoler et à me replier sur moi-même.


Comment, alors, avancer pleinement vers mon rétablissement?


Certes, je me maintiens en équilibre, mais qu’en est-il de la réalisation de mes projets de vie, par exemple au niveau familial et professionnel?


Se pourrait-il que l’auto-stigmatisation me rende plus inhibée et que je m’auto-censure dans mes objectifs?


Il est fort probable que oui.


L’auto-stigmatisation me fait sentir différente des autres. Les activités récréatives me semblent plus à ma portée que les activités rémunérées. En fait, je tends à réagir à la stigmatisation en m’éloignant de la source de souffrance.


Or, en parcourant la littérature, je me suis rendu compte que l’auto-stigmatisation n’est pas la seule réponse possible à la stigmatisation. Certaines personnes refusent la stigmatisation, tandis que d’autres éprouvent du détachement face à la stigmatisation.


Voyons ces deux comportements plus en détails.


Les personnes refusant la stigmatisation cherchent à se distancier des personnes ayant un problème de santé mentale. Elles tendent à se comparer à la population générale et considèrent qu’elles ne sont pas si différentes. Elles ont un emploi et s’impliquent dans des activités compétitives.


Les personnes éprouvant du détachement face à la stigmatisation ignorent ceux qui les stigmatisent. Elles ont un discours axé sur leurs capacités, leurs projets de vie et leur pouvoir d’agir. Elles croient en leur potentiel et se comparent à elles-mêmes. Elles se concentrent sur l’accomplissement de leurs rôles sociaux tel que le rôle de travailleur.

En ce qui me concerne, c’est assez, je ne veux plus courber l’échine. Je veux sortir du gouffre de l’auto-stigmatisation, remonter le courant et parvenir à me détacher de la stigmatisation. Je veux aller de l’autre côté de la rive; du côté du pouvoir d’agir.


Mais comment faire?


Tout d’abord, je dois absolument croire en moi. Je dois mener mes projets comme je l’entends. Vivre ma vie pleinement selon mes valeurs et mes croyances, peu importe ce qu’en disent les autres. Et plutôt que de toujours craindre l’échec, c’est le temps de me dire : « Et pourquoi pas? »


Deuxièmement, j’ai avantage à bien me connaître. Par exemple, en identifiant les traitements qui fonctionnent le mieux pour moi, les signes précurseurs d’une rechute de même que mes stratégies d’adaptation.


Troisièmement, il me faut m’assumer quant à mon état de santé et faire le nécessaire pour garder mon humeur stable. Plus facile à dire qu’à faire!


Quatrièmement, je dois aussi parfois mettre une armure et me défendre. Cela implique de faire valoir mes droits au niveau social, professionnel et médical.


Enfin, je pense qu’il est important de recevoir et de donner du soutien aux autres. C’est-à-dire que je suis la mieux placée pour expliquer à mes proches de quelle façon ils peuvent m’aider. Sans oublier ce que j’ai moi-même à offrir aux autres.


Cela dit, la stigmatisation internalisée (auto-stigmatisation) est un mode de pensées bien ancré en moi. Or, depuis l’écriture de ce texte, je réalise son impact dévastateur. Je prends conscience également que j’ai le pouvoir de réagir différemment face à la stigmatisation. Et d’enfin me libérer de ce poids inutile.



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